Le Chhaang ou chhyang ou jaarh est une boisson fermentée traditionnelle du Népal, très répandue chez les ethnies des hautes terres, notamment les Sherpas, les Tamangs, les Gurungs, les Newars et d’autres peuples de l’Himalaya. On le retrouve également au Tibet et dans certaines parties du Bhoutan et du Sikkim sous des appellations proches. Il s’agit d’une boisson artisanale à base de céréales, principalement le riz, l’orge ou le millet (finger millet ou kodo), qui est fermentée pour produire un liquide faiblement alcoolisé au goût légèrement aigre et sucré. Le Chhaang est consommé tiède ou chaud, particulièrement durant l’hiver, et revêt une grande importance sociale, rituelle et symbolique.

Composition

Les ingrédients de base du Chhaang sont simples mais essentiels à sa fermentation et à son goût caractéristique :

  • Céréale principale : riz blanc poli (chamal), orge (jau), maïs (makai), ou millet (kodo, un millet à doigts souvent préféré en montagne).

  • Ferment naturel : appelé marcha ou mang, composé de levures sauvages et de moisissures (principalement Saccharomyces cerevisiae et parfois Aspergillus ou Rhizopus), cultivé localement à partir de farine et d’herbes sauvages fermentées en galettes.

  • Eau : utilisée pour la cuisson des céréales et pour extraire le liquide fermenté avant consommation.

Préparation et utilisation

La préparation du Chhaang est une forme d’art ancestral transmis de génération en génération. Elle suit les étapes suivantes :

  1. Cuisson des céréales : le riz ou le millet est soigneusement lavé, puis cuit à la vapeur jusqu’à ce qu’il devienne tendre mais non collant.

  2. Refroidissement et ensemencement : après refroidissement, les céréales sont mélangées avec de la poudre de ferment (marcha), puis laissées à fermenter dans des jarres en argile ou des récipients en plastique, recouverts d’un tissu propre.

  3. Fermentation : le mélange repose à température ambiante pendant 3 à 7 jours, parfois plus longtemps, selon le climat, ce qui permet aux levures et enzymes de transformer l’amidon en sucres et en alcool.

  4. Stockage : après fermentation, le mélange peut être stocké dans des pots en argile ou des jarres en bambou.
  5. Consommation : le Chhaang peut être consommé de deux façons :

    • Solide partiellement fermenté : consommé à la cuillère ou pressé légèrement, ce mélange est parfois appelé jaarh dans les zones newars.

    • Version liquide : de l’eau chaude est versée sur les céréales fermentées et le liquide est bu à l’aide d’une paille en bambou (pipsing) ou filtré à travers un tissu. On peut répéter l’extraction plusieurs fois.

Le Chhaang est généralement servi tiède ou chaud, ce qui en fait une boisson idéale pour les régions froides. Il est souvent offert aux invités comme marque d’hospitalité, lors des fêtes religieuses, des mariages, des rituels funéraires, ou simplement en fin de journée comme boisson de détente.

Valeurs nutritionnelles

Le Chhaang est modérément calorique et contient une quantité faible à modérée d’alcool (environ 2 à 5 % en général). Sa teneur exacte dépend du temps de fermentation et du type de céréales utilisées. Il offre :

  • Glucides complexes : résidus d’amidon non fermenté.

  • Sucres simples : issus de la dégradation enzymatique de l’amidon, offrant une saveur légèrement sucrée.

  • Protéines végétales : en quantité modeste, issues des céréales.

  • Minéraux : potassium, magnésium, fer — conservés par l’absence de raffinage des céréales.

  • Micro-organismes bénéfiques : selon la méthode de préparation, il peut contenir des levures et des bactéries lactiques vivantes qui contribuent à la digestion.

Du fait de sa faible teneur en alcool et de ses propriétés légèrement probiotiques, le Chhaang est parfois considéré comme une boisson nourrissante et bienfaisante dans les traditions locales.

Symbolisme culturel

Le Chhaang occupe une place centrale dans les cultures de l’Himalaya. Il est synonyme de convivialité, d’hospitalité et de rituel sacré. Lors des cérémonies de mariage, de naissance, d’initiation religieuse (pujas), ou de funérailles, il est systématiquement offert aux divinités, aux ancêtres, aux moines bouddhistes et aux invités. Il est aussi considéré comme un liant social, favorisant les échanges et la cohésion communautaire.

Dans certaines traditions tibétaines et népalaises, on croit que le Chhaang protège contre le froid, purifie l’organisme, et apporte la chance. Offrir du Chhaang à un invité est un acte d’honneur et de respect, et le refuser sans raison valable peut être perçu comme une insulte.

Dans les zones rurales, il est aussi associé aux activités agricoles, consommé en fin de journée par les paysans pour se détendre après le labeur. En hiver, il remplit une fonction calorique et symbolique, en lien avec la chaleur humaine et la survie collective dans les zones d’altitude.

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